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    :: samedi, novembre 05, 2005 - 02:43 ::
    La banlieue vue d'ailleurs

    Une semaine de violences, de voitures qui brûlent et de caillassage, a fait monter la banlieue parisienne à la «une» des journaux du monde entier ? Revue de presse ?

    par Judith RUEFF et Marc SEMO
    LIBERATION.FR : vendredi 04 novembre 2005 - 18:21

    «Dans la banlieue de Paris, la colère est lâchée», titre vendredi le Herald Tribune, avec photo d'un imam de Clichy-sous-Bois et cailleras sur fond de flammes. La journaliste du quotidien américain a interrogé les habitants de Clichy sur ce qui se cache derrière la violence des bandes. «Au-delà de la pauvreté et du désespoir qui règnent dans les banlieues immigrées délabrées qui entourent la scintillante capitale française, écrit-elle. Les Musulmans locaux disent qu'il n'y a plus personne ayant une quelconque influence sur le jeunesse révoltée. Les parents, la police et le gouvernement ont perdu pied.» Un habitant qui vit dans le quartier depuis vingt ans résume le «vide de l'autorité morale» : «Si vous voulez avoir de l'autorité sur ces gamins, il faut avoir leur respect, - mais tous les canaux normaux d'autorité ont perdu ce respect depuis longtemps».

    Pour la presse anglo-saxonne, la «guerre de succession entre le Premier ministre Villepin et le ministre de l'Intérieur Sarkozy» a envenimé les choses après la mort des deux jeunes dans un local électrique le 27 octobre. Dans son éditorial de vendredi, le «Times» accuse Chirac et Villepin d'avoir sciemment laissé Nicolas Sarkozy dans la panade sur le front banlieusard. Le dérapage sarkozien sur la «racaille» est unanimement relevé par les analystes américains et britanniques, qui considèrent que la sortie du ministre-candidat n'a fait que mettre de l'huile sur le feu.

    Du «New York Times» («A Paris, les mots musclés ne suffisent pas») à «The Independent» de Londres, les éditorialistes portent le même regard critique sur la politique française de gestion de l'immigration. Un vrai choc culturel entre intégration hexagonale et pluriculturalisme anglo-américain.

    «La vraie question pour les Français est la validité de leur approche favorite de l'intégration, qui insiste sur l'égalité de tous les citoyens, sans considération d'origines ethniques ou religieuses tant qu'ils acceptent les valeurs fondamentales françaises "Liberté, Egalité, Fraternité", écrit par exemple le Herald Tribune dans son édito de vendredi. Les Français l'ont longtemps considérée comme supérieure à l'approche britannique ou américaine, qui met en avant la diversité et la fierté ethniques. Mais le mythe de l'égalité en France sert aussi à empêcher la discrimination positive et le travail en direction des communautés.»
    «Sur le long terme, la crise doit servir à tirer la sonnette d'alarme, renchérit le chroniqueur de The Independent. Sur le papier, les marginaux des banlieues sont aussi Français que M. Sarkozy. Pourtant, même lorsqu'ils aspirent à être intégrés et acceptés dans la société française, ils sont souvent craints et discriminés, bannis vers les endroits les plus reculés où leurs chances de trouver une échappatoire ou un travail sont minces.» «Les Français ont beau mépriser la politique multiculturaliste de la Grande-Bretagne, continue l'article, ces émeutes confirment avec certitude l'échec d'une politique axée sur l'intégration et l'assimilation. »

    En Italie, le quotidien italien «Il Foglio» (droite libérale) consacre un éditorial à ce qu'il appelle «la révolte de Paris» évoquant tout à la fois «la guérilla des banlieues et la question irrésolue de l'intégration». Mais le journal insiste aussi sur la dimension européenne du probléme rappellant aussi les récentes émeutes de Birmingham en Grande- Bretagne. «Autant que l'on puisse en juger il n'y a pas de liens avec le terrorisme islamiste international mais il s'agit d'un refus de la part de parties significatives des populations immigrées des processus d'intégration aux quels ils opposent l'affirmation de leur différence». «Cette crise investit aussi bien le système anglo-saxon fondé sur la reconnaissance des valeurs communautaires que celui opposé, à la française, qui au nom de la laïcité pense qu'il existe seulement des Français musulmans et pas des musulmans français. L'un comme l'autre peinent à contenir ces poussées de révolte contre le modèle occidental. Cela ne signifie pas qu'il faut abandonner les politiques d'intégration. Mais pour les rendre efficaces il faudra dépasser cette idée que la sécularisation et la société de consomation portent par elle même à l'intégration, parce que c'est peut être le contraire qui est vrai».


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